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Pour le droit des animaux

    Interview de Jean-Luc Zieger

    Le fondateur de Droits des animaux (droitsdesanimaux.net) est aussi un chef d’entreprise végane (unmondevegan.fr) et un mélomane averti. Il nous parle de son parcours étonnant, du rôle de l’information dans sa prise de conscience et des droits fondamentaux dont tous les animaux devraient pouvoir jouir.

    Jean-Luc, quel âge aviez-vous lorsque vous êtes devenu végane ?

    J’avais 27 ans. Cela faisait neuf ans que j’étais végétarien et deux ans que je militais avec différentes associations défendant la cause animale. J’ai eu le déclic en lisant la brochure de l’association AVIS sur le végétalisme.

    Vous souvenez-vous plus particulièrement d’un passage qui vous aurait décidé à adopter un mode de vie végane plutôt que de poursuivre un régime ovo-lacto-végétarien ?

    Le fait que les vaches laitières aillent à l’abattoir, tout comme les poules pondeuses. Comme beaucoup de personnes mal informées, je croyais que les vaches et les poules avaient une retraite et je devais croire que c’était acceptable de les exploiter dans ces conditions. Mais dès la lecture de cette brochure, j’ai su que je serais végane.

    L’information a donc joué un rôle important dans votre beau parcours. Mais ne vous-êtes vous pas tout d’abord demandé s’il existait des produits laitiers et des œufs provenant d’animaux élevés de façon éthique ?

    Non, je n’ai pas cherché à consommer de tels produits car on ne peut pas exploiter quelqu’un de façon éthique : ces deux termes ne peuvent pas être associés. Depuis longtemps, j’étais insatisfait du message que je faisais passer par les différentes associations avec lesquelles je militais. Je ne m’y retrouvais pas, même si elles font un travail indispensable. C’est ce qui m’a amené à fonder Droits des animaux, et ce dans les mois qui ont suivi mon véganisme. Je voulais aborder la question de la condition des animaux de la même manière que l’on parle des droits de l’homme et de la femme. Je me suis aussi intéressé aux produits alternatifs que l’on peut trouver. Cela m’a conduit à créer le site unmondevegan.fr.

    L’impossibilité d’une exploitation éthique vous est donc apparue en même temps que vous avez pris connaissance des conditions d’élevage moderne. Aviez-vous une activité professionnelle avant de fonder DDA ?

    Je pense surtout que, comme beaucoup de gens, je n’avais pas assez creusé la question de l’exploitation des animaux. D’ailleurs, avant de devenir végétarien, je n’avais jamais lu de tract ni vu de vidéo d’abattoirs. Cela s’est fait par une réflexion personnelle. C’est pour ça que, lorsque j’ai approfondi mes connaissances sur ce que subissent les animaux, je me suis rendu compte à quel point j’étais ignorant. C’est contre cette ignorance et cette injustice envers les animaux que je milite. Pour répondre à la question, je travaillais à la Fnac dans un service de rachat de CD et DVD d’occasion. Mon magasin a fermé et j’ai demandé à être reclassé à la Fnac des Halles en librairie, au rayon animaux, écologie, végétarisme… J’ai réussi à faire une grosse mise en avant des quelques ouvrages sur le végétarisme et la défense des animaux (malheureusement, il en existe peu qui soient sérieux en France). Il devenait difficile de trouver des livres sur la corrida, la chasse et autres ! Au bout de deux ans, j’ai pris la décision de partir, après une altercation avec ma responsable concernant mon tee-shirt illustré d’une photo d’abattoir. Aujourd’hui, je suis heureux d’être mon propre patron, même si je travaille deux fois plus pour deux fois moins d’argent ! Mon travail est maintenant en accord avec mes convictions.

    Votre expérience prouve tout de même que le véganisme peut motiver et soutenir la création d’entreprises vertueuses, même si, pour l’instant, vos bénéfices restent modestes. Pensez-vous que l’application pratique du véganisme puisse aujourd’hui être décrite comme un mode de consommation à la portée de tous ?

    Oui, le véganisme est un mode de vie que tout le monde peut adopter. C’est plus dans la pratique et surtout selon notre lieu de résidence que cela peut être compliqué. Avant de faire le site Un monde vegan, je pensais que la majorité des véganes vivaient dans les grandes villes. Une grande partie de nos clients habitent en fait dans des coins reculés où la première boutique bio est à 50 km et ne propose pas grand-chose en simili-carnés ou fromages véganes. Être végane à Paris, c’est très facile : il suffit de faire quelques boutiques bio pour trouver tous les produits que l’on veut ! Mais en province, cela reste très compliqué dès que l’on est à l’écart des grandes villes. J’espère qu’il y aura de plus en plus d’entreprises véganes en France. Il y a une très forte demande de la part de nos clients pour des services ou des produits peu ou pas distribués.

    Quelles sont vos meilleures ventes ?

    Ce sont les fromages végétaux (« Parmazano », « Cheddareese », « Cheezly mozzarella style » et « Cheezly cheddar style added bacon style pieces », Vegusto fort « No-Muh rezent/würzig »), le chocolat (Bonvita blanc et au lait, « Bonbarr » coco et nougat), les simili-carnés (« Spacebar chorizo » Wheaty, poisson végétal Redwood, jambon fumé Wheaty, jambon végétal Redwood), la mayonnaise bio Plamil. Nous avons beaucoup de nouveaux produits qui marchent bien, mais il faut attendre un peu pour qu’ils rentrent dans le top 20 du site (par exemple les bonbons nounours). Les clients peuvent voir les meilleures ventes par catégories. Il y a un tableau sur la droite du site avec les 20 meilleures ventes. Le plus souvent, la meilleure vente est le meilleur produit, quoiqu’il y ait des exceptions. Je préfère, par exemple, la chantilly Soyatoo au soja, alors que c’est celle au riz qui est la plus vendue. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas, même avec les produits véganes ! Nous avons appris à ne pas choisir un produit selon notre goût mais selon les attentes des véganes.

    Droits des animaux est une association qui a beaucoup de succès. Pourriez-vous nous raconter votre dernière action ?

    Au début, DDA était plus un collectif dont le but était de montrer la réalité sous forme de vidéos d’investigation révélant ce que vivent les animaux (élevage, abattoirs). Nous avons fait plusieurs centaines de stands dans le quartier des Halles avec une télé montrant cette réalité. C’est un quartier populaire qui nous a permis de débattre avec des personnes de milieux et d’âges très différents. Rapidement, nous avons eu envie de faire des actions coup de poing, car celles-ci aident à informer les personnes intéressées par les animaux. Mais notre but est de faire évoluer les mentalités au sens le plus large. Nous nous sommes dirigés vers des actions coup de poing, comme le hunt sabotage, pour que l’on parle des droits des animaux dans les médias.

    Sur combien de militants l’association DDA peut-elle compter ?

    DDA a une liste de contacts d’environ 150 personnes pour les actions coup de poing. Mais leur mobilisation se fait par roulement. Le noyau dur de l’association est une équipe de 20 personnes environ.

    Quels sont les droits fondamentaux dont tous les animaux devraient pouvoir jouir ?

    Ces droits fondamentaux sont les mêmes que ceux que les humains se sont reconnus :

    1) Le droit de vivre. C’est le droit le plus fondamental. Sa reconnaissance aurait pour effet de rendre enfin légalement criminels les meurtres d’animaux dans les abattoirs (ou tout autre lieu), par la chasse ou la pêche (industrielle, traditionnelle et de loisir), les meurtres d’animaux tués pour leur peau (fourrure, cuir, etc.), pour les divertissements (corrida, etc.) ou dans le cadre de l’expérimentation animale, et aussi les euthanasies d’animaux contre leur intérêt (euthanasies pour cause de sureffectif dans un refuge). Bien que ce droit soit le plus important, c’est sur les deux suivants que les avancées sont les plus significatives.

    2) Le droit d’être libre. Cela fait référence aux élevages ainsi qu’à tous les cas d’enfermement d’animaux (entre quatre murs ou quatre clôtures) qui ne visent pas à les protéger dans leur intérêt (animaux blessés, animaux domestiqués non adaptés à une vie sauvage, etc.). La reconnaissance de ce droit intègre le fait que les animaux, tout comme les êtres humains, ne sont pas des biens que l’on peut s’approprier mais des êtres conscients, doués d’une volonté propre, possédant tout comme nous une vie mentale, une représentation du monde personnelle. Ce droit avance lentement avec le combat pour le bien-être animal, qui prend en compte le fait que chaque individu ait besoin d’espace pour se développer mentalement. Malheureusement, ces dispositions ne visent pas à libérer les animaux mais à rendre plus acceptable l’emprisonnement des animaux aux yeux des consommateurs en ce qui concerne les élevages.

    3) Le droit à ne subir ni mauvais traitements ni torture. Cela fait référence principalement à l’expérimentation animale. Mais cela concerne aussi les animaux qui vivent avec des humains. La reconnaissance de ces trois droits fondamentaux assure la prise en compte quasi totale de tous les intérêts des animaux. Il est évident que d’autres droits ou protections pourraient leur être attribués, mais seulement une fois que nos lois leur auront reconnu ces droits que chacun de nous trouve normal de posséder. Le droit à ne pas subir de mauvais traitements est certainement celui qui a le plus progressé, mais comme pour le droit d’être libre, ces avancées ne visent qu’à rendre plus acceptables l’exploitation et le meurtre des animaux en justifiant ces crimes sous la forme d’une contrepartie, une sorte de contrat passé avec les animaux : on t’offre « la belle vie » (argument mis en avant par les aficionados, les éleveurs, etc.), mais en retour de nos bons services, nous pouvons disposer de ta vie comme nous l’entendons au bout de tant de jours, de semaines, de mois ou d’années.

    Merci pour cet exposé clair et juste. Je passe maintenant du manioc à la banane : quel est votre plat favori ?

    C’est dur de choisir un seul plat : j’aime trop de choses ! Si je ne devais plus manger qu’un seul type de cuisine, je choisirais la cuisine libanaise. Il y a quelques années, je mangeais tous les midis chez un traiteur libanais. Je crois que c’est la seule cuisine que je peux manger à tous les repas sans m’en lasser !

    Vous avez travaillé à la Fnac. Qu’écoutez-vous comme musique ?

    Cela risque d’être très long ! Ayant été disquaire pendant plus de huit ans, je me suis intéressé à presque toutes les musiques. Je vais faire un tour rapide de ce que j’écoute : classique (Scelsi, Tchaïkovski, Prokofiev, Wagner…), jazz (Coltrane, Monk, Mingus…), musiques du monde (musique japonaise, Piazolla, Nusrat Fateh Ali Khan…), metal (Emperor, Nevermore, Carcass…), rock (Peter Murphy, Sting, Beatles…), musique de film (Goldsmith, Elfman, Shore, Williams…). J’écoute peu de variété et de rock français.

    Merci de nous avoir fait l’honneur d’accepter cette interview. Bravo et bonne continuation !

    Propos recueillis par Constantin Imbs

    Novembre 2010