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Pourquoi être végane ?

    Avant la découverte de la vitamine B12 en décembre 1947, aucun exemple n’atteste la validité nutritionnelle des alimentations végétales, au contraire. La première des raisons pour lesquelles une personne peut enfin choisir de vivre sans exploiter les animaux trouve donc son origine dans une avancée technique.

    Les études qui comparent les véganes aux personnes dont l’alimentation est conventionnelle confirment désormais l’équivalence de l’espérance de vie en bonne santé [1].

    Notre dépliant sur la nutrition rassemble les recommandations institutionnelles qui garantissent la sécurité des véganes.

    Autrefois, l’espèce humaine devait manger des animaux pour vivre
    Il y a plusieurs milliards d’années, certains micro-organismes ont développé la capacité de produire la vitamine B12 pour leurs propres besoins. Seules les bactéries et les archées possèdent les enzymes nécessaires à cette synthèse. Ces micro-organismes constituent donc le point de départ exclusif de ce nutriment pour l’ensemble de la chaîne alimentaire [2].

    Les organes de certains animaux offrent les conditions nécessaires pour entretenir une symbiose avec les micro-organismes producteurs de vitamine B12. Les herbivores possèdent un rumen ou un cæcum développés, contrairement à l’espèce humaine [3]. Il nous était donc techniquement impossible de nous passer totalement de produits d’origine animale. Notre condition initiale nous contraignait à consommer vers, larves, insectes, mollusques, etc., ou à chasser.

    Après 200 000 ans de cueillette et de chasse : l’élevage
    L’agriculture a commencé à se développer il y a environ une dizaine de milliers d’années, et avec elle sont apparus les élevages. La domestication d’une espèce animale commence généralement par la capture d’une progéniture, qui est ensuite sélectionnée et reproduite avec sa propre descendance, afin de fixer des caractéristiques utiles à l’élevage [4].

    Auroch

    Contrairement à la sélection naturelle, le maintien artificiel des races réduit la biodiversité et la richesse des génomes, ce qui a pour conséquence de réduire la résistance des animaux aux maladies, ainsi que leurs aptitudes d’adaptation aux environnements naturels [5].

    Les sécrétions mammaires des herbivores contiennent de petites quantités de vitamine B12. Cette lactation n’est toutefois maintenue qu’à condition d’organiser des naissances régulières, qui, si les veaux, chevreaux et agneaux n’étaient jamais consommés, feraient augmenter les cheptels de manière exponentielle. L’Inde, berceau du lacto-végétarisme, est le premier pays exportateur mondial de bœuf [6].

    Gallus gallus

    Le lacto-végétarisme n’est donc pas l’alimentation compassionnelle idéale, d’autant que, à de très rares exceptions près, les femelles lactantes achèvent leur parcours prématurément, pour finir dans les assiettes (dès que leur productivité baisse).

    L’ovo-végétarisme, quant à lui, n’est pas une option techniquement viable, car la vitamine B12 contenue dans les ovules d’oiseaux peut n’être biodisponible qu’à 9 %. Il faudrait consommer entre 20 et 30 œufs par jour pour garantir les apports quotidiens nécessaires [7]. Par ailleurs, les lignées d’oiseaux utilisées sont victimes de la même reproduction dirigée que les autres espèces domestiquées. Les femelles achèvent leur parcours prématurément, sous forme de chairs déclassées, tandis que les mâles des races à œufs sont détruits dès leurs premiers jours d’existence [8].

    12 décembre 1947 : la source originelle de la vitamine B12 est enfin cultivée [9]
    Les bactéries adéquates sont multipliées dans des cuves. La biomasse est ensuite purifiée jusqu’à l’obtention de vitamine B12 cristalline, dont l’innocuité est totale.

    Dolorisme
    Les principales raisons qui ont été invoquées pour éviter de consommer les différents produits d’origine animale ont d’abord été religieuses, puis se sont laïcisées. La partie la plus visible du mouvement actuel se manifeste par des reportages spécifiquement choquants, dans l’espoir que le gain d’attention l’emportera sur l’incitation au voyeurisme ou les risques de radicalisation.

    Bien que la diffusion des mauvais traitements infligés aux animaux puisse susciter l’intérêt des médias, cette recherche d’impact n’est pas faite pour restituer leur dignité aux animaux, exposés volontairement dans un état de vulnérabilité totale.

    Les campagnes qui insistent sur la douleur sont traitées comme une simple demande par les filières animales et leurs institutions, qui ajustent les méthodes d’élevage, de transport et d’abattage à la sensibilité de l’opinion [10]. Certaines méthodes d’abattage ne permettent pas de prouver que les animaux souffrent [11].

    Sirop d'agaveContrairement à ce qu’affirment le Code rural et le Code civil [12], tous les animaux ne sont pas forcément sensibles. Environ 99 % des espèces animales sont invertébrées, chez lesquelles la sensibilité pourrait être extrêmement difficile à déterminer, compte tenu de leurs éventuelles carapaces et de leurs systèmes nerveux parfois très rudimentaires, voire inexistants, comme chez les éponges [13].

    Plutôt que de vérifier la sensibilité à la douleur de chaque espèce animale et l’application consciencieuse de chaque méthode d’exploitation et d’abattage, l’abstinence de tout produit d’origine animale reste la meilleure garantie de ne pas y participer.

    Marcassin

    Sentience

    Bombyx

    Il est souvent difficile de trouver les mots justes pour que le public réagisse. C’est pourquoi les images de souffrance sont régulièrement utilisées sur le terrain, mais la plupart des écrits contemporains reconnaissent l’insuffisance de la dénonciation exclusive de la douleur. Leurs propositions mettent désormais l’accent sur les capacités des animaux à développer un début de conscience, de sentience, voire de projection dans l’avenir [14].

    Alors que les sciences biologiques ne cessent de contredire la supériorité humaine et qu’on commence enfin à comprendre qu’il faut également déconstruire les pensées hiérarchiques dans nos sociétés, ces systèmes animalistes placent les capacités cognitives au sommet d’une hiérarchie dont seuls les degrés de conscience légèrement inférieurs mériteraient d’être épargnés (animaux) et où tout intérêt à vivre est nié aux plantes, aux bactéries, bref, à tout ce qui ne ressemble pas à la conscience humaine [15].

    « PAS D’INTÉRÊT À VIVRE » SENTIENCE CONSCIENCE
    RÈGNE ANIMAL 99 % (INVERTÉBRÉS) 1 %  1 ESPÈCE
    RÈGNE VÉGÉTAL
    RÈGNE FONGIQUE
    RÈGNE ARCHÉEN
    RÈGNE BACTÉRIEN
    100 % 0 0

    Souris

    Puisqu’il n’a jamais été démontré qu’une espèce animale avait « conscience d’avoir conscience », la littérature spécialisée se contente de valoriser une capacité plus basique : la sentience (capacité à éprouver une expérience subjective de la vie). Pour faire le tri entre les espèces sentientes et les autres, il faudrait toutefois conduire des expérimentations sur 5 à 15 millions d’espèces animales sans consentement éclairé possible. C’est contradictoire, car les moyens employés pour parvenir à la justice devraient eux-mêmes être justes.

    Les filières animales peuvent probablement répondre à la plupart des revendications exclusivement sentientistes par l’expérimentation animale (pour 99 % des espèces) et par la ruse (afin de tuer les animaux sans qu’ils s’en rendent compte [11]).

    Et le cri de la carotte ?
    Par définition, chaque organisme vivant est capable d’opposer une résistance à sa propre destruction, voire d’effectuer des réparations [16]. Cela s’appelle l’homéostasie. Chaque organisme compte pour lui-même, si ce n’est pour sa propre espèce, qu’il soit conscient ou non.

    Carotte

    S’il nous était possible d’épargner tous les organismes vivants, nous pourrions sans doute l’envisager, mais, comme toute espèce animale, l’humanité est hétérotrophe. Cela signifie que nous sommes incapables de synthétiser nos propres nutriments à partir de matière inorganique. Il nous est indispensable de consommer d’autres organismes, contrairement aux plantes, qui sont autotrophes [17]. Grâce à la vitamine B12, nous pouvons vivre sans exploiter les animaux, mais pas sans consommer des produits d’origine végétale [18]. C’est une limitation technique.

    MouflonLes véganes épargnent beaucoup plus d’organismes vivants que les seuls animaux non consommés, car chaque animal s’est lui-même nourri d’autres organismes, végétaux et bactériens, ou fongiques, voire animaux, pour maintenir ses fonctions vitales. Les aliments consommés ne lui servent donc pas qu’à faire croître sa propre chair ni à produire du lait ou des œufs. Au contraire, la perte énergétique est considérable (perte de 90 % à chaque niveau de la chaîne alimentaire). C’est semblable chez l’espèce humaine. Par exemple, la plupart de ce que nous consommons n’est pas transformé en tissu vivant.

    Loup grisC’est en ne consommant aucun produit d’origine animale que nous pouvons épargner le plus d’organismes vivants, sur l’ensemble des règnes. De la même manière, choisir de consommer la vitamine B12 à sa source originelle, en cultivant les bactéries les plus productrices, est également le moyen le plus efficace de réduire notre impact sur le règne bactérien tout entier. Il faut donc paradoxalement ne consommer aucun produit d’origine animale pour épargner le maximum d’organismes parmi les autres règnes [19].

    Végane pour tous les animaux, végane pour tous les règnes
    Les véganes réduisent leur impact sur l’ensemble des règnes en ne participant à aucune des consommations annuelles de produits d’origine animale à cause desquelles :

    • 500 à 1000 milliards de poissons sont pêchés [20] ;
    • 70 milliards d’animaux terrestres sont abattus [21] ;
    • 271 millions de vaches sont exploitées pour leur lait [22] ;
    • 7 milliards de poules sont exploitées pour leurs œufs [23] ;
    • 1 000 milliards de vers à soie sont cuits vivants [24] ;
    • les animaux de compagnie remplissent les refuges [25], etc.

    Depuis 1948, la culture bactérienne de la vitamine B12 offre la possibilité de ne plus être responsable de ces pratiques ni de l’appauvrissement du génome des animaux domestiqués. Chaque personne est donc face à un cas de conscience sans précédent dans l’histoire de l’humanité : tuer moins permet de vivre en accord avec sa conscience.

    Les changements institutionnels et politiques ont besoin d’accumuler des quantités de données importantes. Les politiques publiques ont donc besoin des véganes. Chaque végane compte dans les études nutritionnelles.

    Le véganisme libère l’espèce humaine du fardeau de l’élevage par une logique abstentionniste, qui, projetée au niveau mondial, aboutit progressivement à l’extinction des lignées d’élevages. En attendant, lorsque l’opportunité se présente, on peut choisir d’adopter une victime de la domestication, afin de la traiter dignement.

    ——————–
    NOTES

    1. Les études comparatives successives indiquent globalement une égalité de l’espérance de vie en bonne santé entre les véganes et les personnes dont l’alimentation est conventionnelle, qu’il s’agisse de la méta-analyse de 1999, de celle des adventistes en 2013 (présentant une mortalité des hommes inférieure de 15 %) ou de l’étude EPIC d’Oxford de 2016.

    2. La biosynthèse de la vitamine B12 est confinée aux procaryotes.

    3. Des visuels trompeurs circulent, comparant les systèmes digestifs des animaux à ceux des humains, mais en omettant les organes qui permettent d’accueillir la symbiose bactérienne nécessaire à la production de vitamine B12 (rumen, cæcum). De plus, les alimentations des primates ont fait l’objet d’observations précises qui démontrent qu’aucun n’est végétalien.

    4. Comparativement aux espèces sauvages, la reproduction sélective des individus les plus dociles s’accompagne de phénomènes tels que la réduction d’hormones surrénales, les variations dans la couleur de la robe, la dentition réduite, les oreilles déformées (tombantes par exemple), le museau raccourci, les chaleurs rapprochées et non saisonnières, la néoténie (conservation ou prolongation d’un caractère juvénile) et la réduction de la dimension du cerveau. Déjà observés par Charles Darwin sur de nombreuses espèces exploitées, ces phénomènes sont désormais désignés par l’expression « syndrome de la domestication » :

    « l’homme, sans avoir l’intention d’améliorer une race, peut y introduire lentement, mais sûrement, des modifications importantes, par le seul fait qu’il réserve dans chaque génération les individus qui ont pour lui le plus de valeur, en détruisant ceux qui en ont moins. La volonté de l’homme entrant ainsi en jeu, nous pouvons concevoir pourquoi les races qu’il a produites témoignent d’une adaptation à ses besoins et à ses plaisirs, et pourquoi les races soit d’animaux domestiques soit de plantes cultivées présentent souvent, comparées aux espèces naturelles, des caractères anormaux ou monstrueux ; c’est parce qu’elles ont été en effet modifiées non pour leur propre avantage, mais en vue de celui de l’homme. » (Charles Darwin, De la variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication, Paris, Reinwald, 1868, p. 4).

    5. La consanguinité affecte également l’espèce humaine. La famille Habsbourg, dont de grands peintres ont immortalisé les traits (Vélasquez, Van Dyck), en est l’exemple le plus tristement célèbre. Une étude suggère également que la forte mortalité infantile et l’absence de descendance chez les enfants de Charles Darwin était potentiellement imputable à des mariages consanguins.

    6. L’Inde a exporté plus de 300 millions de vaches et veaux en 2016.

    7. Malgré leur teneur en vitamine B12, les œufs contiennent des éléments inhibiteurs de son absorption. Plusieurs mesures chez l’espèce humaine à la suite de l’ingestion d’œufs crus, brouillés ou frits l’ont confirmé. Des personnes ayant adopté des poules de réforme afin d’utiliser leurs œufs comme seule source de vitamine B12 ont rapporté leur carence sur les réseaux de la Société végane francophone. Outre l’insuffisance nutritionnelle, la consommation des œufs d’une poule adoptée reste une exploitation animale. Cela ne lui est peut-être pas directement nuisible, certes, mais cette consommation n’aide en rien ses congénères ni les autres animaux : la personne qui consomme des œufs ne démontre pas qu’il est possible de vivre sans exploiter les animaux à ses proches, à ses collègues, ni auprès des études nutritionnelles surtout (lesquelles offrent à chaque individu l’opportunité d’exercer un impact mondial).

    8. Arrêté du 12 décembre 1997 relatif aux procédés d’immobilisation, d’étourdissement et de mise à mort des animaux et aux conditions de protection animale dans les abattoirs :

    « Mise à mort de poussins et embryons refusés dans les couvoirs.
    ANNEXE 7
    I. Utilisation d’un dispositif mécanique entraînant une mort rapide :
    a) Les animaux doivent être mis à mort par un dispositif mécanique contenant des bosses mousses ;
    b) La capacité de l’appareil doit être suffisante pour que tous les animaux soient mis à mort immédiatement même s’ils sont traités par lots en grand nombre.

    II. Exposition au dioxyde de carbone :
    a) Les animaux doivent être placés dans une atmosphère présentant la plus forte concentration de dioxyde de carbone possible fournie par une source de dioxyde de carbone à 100 % ;
    b) Les animaux doivent demeurer dans l’atmosphère précédemment définie jusqu’à ce qu’ils soient morts. »

    9. Edward Rickes a obtenu les premiers cristaux de vitamine B12 rouge le 12 décembre 1947 au plus tard à partir de bains de fermentation de Streptomyces griseus.

    10. Pierre Le Neindre et al., Douleurs animales. Les identifier, les comprendre, les limiter chez les animaux d’élevage. Synthèse du rapport d’expertise réalisé par l’INRA à la demande du ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, décembre 2009 :

    « C’est dans le contexte d’une critique sociale des formes industrielles de l’élevage contemporain, qu’une communauté scientifique s’est ainsi structurée sous l’étiquette de l’Animal Welfare. Bien mieux établie dans les pays d’Europe du Nord qu’elle ne l’est en France, cette communauté scientifique associe des éthologistes, des spécialistes de l’univers émotionnel et des aptitudes cognitives des animaux, des neurophysiologistes, mais aussi des philosophes, des théologiens et des spécialistes d’éthique animale. C’est elle qui a traduit les contestations des défenseurs de la cause animale en terme de « bien-être ». Elle est parvenue à faire valoir son expertise, tant pour évaluer la réaction des animaux aux contraintes de l’élevage, que pour contribuer à définir des normes de production. Elle est ainsi à l’origine de recommandations, par espèce et par mode de production, qui sont prises en compte dans les réglementations nationales et européennes. Les recherches qui s’inscrivent dans la mouvance du bien-être animal ont permis d’apporter des améliorations aux conditions de vie des animaux dans les élevages intensifs. Elles ont aussi conduit à intégrer des critères de robustesse et de bien-être dans certains programmes de sélection. »

    11. Sous l’impulsion de Temple Grandin, plusieurs enseignes américaines (comme Mc Donald’s par exemple) réclament désormais des audits permettant d’exclure les abattoirs incapables de garantir un décès exempt de souffrance pour 95 à 100 % des animaux selon l’espèce et les techniques employées. Tandis que les organismes de certification indépendants se multiplient, des établissements spécialisés poussent le concept jusqu’à recevoir les animaux de ferme dans des installations semblables à celles qu’ils connaissent, mais dont les employés sont si efficacement formés que « l’étourdissement est à chaque fois efficace », et sous la supervision permanente d’un inspecteur du ministère de l’Agriculture.

    12. Code civil : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens. » (Article 515-14)

    Code rural : « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. » (Article L214-1)

    13. La plupart des espèces n’ont pas encore été décrites. Nous ne disposons donc que d’estimations, mais la proportion des vertébrés est toujours relativement faible comparativement à celle des invertébrés (respectivement 80 500 contre 6 755 830 d’espèces dans A. D. Chapman, Numbers of Living Species in Australia and the World, 2e édition, septembre 2009). Par ailleurs, la simple observation reste invoquée quant à l’incapacité des insectes (majeure partie des invertébrés) à éprouver la douleur :

    « les insectes continuent leurs activités normales après de graves blessures. Un insecte qui marche avec un tarse écrasé (partie inférieure de la jambe) continue de l’appuyer au sol avec la même force […] une sauterelle continue de se nourrir quand une mante religieuse est en train de la dévorer. » (Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles, Les invertébrés souffrent-ils ?).

    14. En dehors du créateur du mot spécisme (Richard Ryder), qui continue de publier des ouvrages tenant principalement compte de la douleur animale, les antispécistes Singer, Regan et Francione considèrent tous que le critère de la capacité à éprouver de la douleur est insuffisant à lui seul, dans la mesure où elle peut être épargnée à l’animal :

    « lorsque les animaux mènent une vie agréable, qu’ils sont tués sans douleur, que leur mort n’est pas cause de souffrance pour d’autres animaux, et que la mort d’un animal rend possible son remplacement par un autre qui autrement n’aurait pas vécu, le fait de tuer des animaux dépourvus de conscience de soi peut ne pas être mal. » (Peter Singer, La Libération animale, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2012, p. 401-402, l’édition originale de 1975 est anglophone).

    « Les individus sont les protagonistes d’une vie s’ils :
    • sont capables de percevoir et de se souvenir ;
    • ont des croyances, des désirs et des préférences ;
    • sont capables d’agir intentionnellement afin de poursuivre leurs désirs ou leurs buts ;
    • sont sentients et ont une vie émotionnelle ;
    • ont une perception du futur, dont leur futur propre ;
    • ont une identité psychophysique sur la durée ;
    • font l’expérience d’un bien-être propre qui, d’un point de vue logique, est indépendant de leur utilité pour les autres et de l’intérêt des autres.

    Ces critères constituent une condition suffisante pour accorder une valeur propre, intelligible et qui n’est pas arbitraire […]. Du strict point de vue de la justice, donc, nous sommes obligés de faire preuve d’un respect égal à l’endroit de ces individus qui ont une valeur propre égale, qu’ils soient agents ou patients moraux et, dans le dernier cas, qu’ils soient humains ou animaux. Cette chose est due à chacun. L’injustice survient lorsque nous traitons ceux qui possèdent une telle valeur d’une façon qui manque d’afficher le respect dû (par exemple, en les traitant comme si leur valeur était réductible à la seule utilité qu’ils ont pour les autres). » (Tom Regan, The Case for Animal Rights, University of California, 1983, p. 264).

    « Des philosophes tels que Tom Regan et Peter Singer ont démontré de manière convaincante qu’il ne pouvait pas y avoir de justification morale à ce que Richard Ryder a appelé le spécisme, ni à la détermination de l’accès à la communauté des égaux d’après la simple appartenance aux espèces. La détermination d’autres critères que l’appartenance à une espèce pour accéder à la communauté des égaux est présentée comme un repoussoir par bien des opposants à l’attaque du spécisme, parce qu’elle serait impossible. Bien que cette position ne me convainque pas et que je croie qu’un point de vue moral cohérent induise que nous choisissions la sentience comme critère (ce qui se traduirait par l’inclusion d’un large éventail de créatures dans la communauté des égaux), je reconnais malgré tout qu’il serait difficile d’accuser une personne d’irrationalité parce qu’elle ne serait pas d’accord sur ce seul point de vue personnel. » (Gary L. Francione, « Personhood, Property and Legal Competence », dans The Great Ape Project, New York, 1993, p. 248-257).

    Tout occupés à séparer les animaux des autres règnes, aucun auteur animaliste n’a évité les contorsions doloristes ou sentientistes, alors que la réduction maximale de l’impact des vies humaines sur l’ensemble des organismes de la biosphère (plantes, champignons, algues, bactéries et archées) ne peut être réalisée qu’à condition de s’abstenir de tout produit d’origine animale.

    15. « Si un être n’est pas capable de souffrir, ni de ressentir le plaisir, il n’y a rien à prendre en compte » (Peter Singer, La Libération animale, Petite Bibliothèque Payot, 2012, Paris, p. 318, l’édition originale de 1975 est anglophone).

    16. Bien que les organismes considérés comme vivants ne sont constitués que de substances inanimées, une différence de comportement thermodynamique permet de les distinguer de la matière inerte. L’équilibre thermodynamique tend vers leur destruction (entropie maximale), mais les organismes utilisent l’énergie disponible dans leur milieu pour résister, faisant de leur corps une zone d’exception où l’entropie globale est amoindrie :

    « La matière vivante se soustrait à la détérioration menant à l’équilibre » (Erwin Schrödinger, What is life? The Physical Aspect of the Living Cell).

    17. Combinant des substances inertes puisées dans leur milieu, les plantes stockent l’énergie du soleil grâce à la photosynthèse. Ne possédant précisément pas cette faculté, les animaux dépendent de l’énergie accumulée par les plantes (ou par ceux qui consomment les plantes).

    18. La vitamine B12, qui est un produit bactérien, est le seul nutriment essentiel à l’espèce humaine que les végétaux ne peuvent pas apporter.

    19. Attribuée à Lindeman de manière incertaine, la moyenne d’environ 90 % de pertes à chaque niveau de la chaîne alimentaire est une approximation. L’inefficacité de la transmission d’énergie est considérable, expliquant la masse de victimes inutiles qu’une alimentation végétale permet d’éviter parmi l’ensemble des règnes :

    « il est plus efficace pour les populations humaines de s’alimenter à partir des niveaux trophiques les plus faibles ».

    À l’exception des micro-organismes chimiotrophes, le premier niveau trophique est représenté par les plantes. Pour vivre en tuant moins de plantes, il faut paradoxalement ne manger que cela (plutôt que les animaux qui s’en nourrissent).

    Reste la vitamine B12, dont l’origine n’est pas végétale mais bactérienne. Incapables de digérer les fibres, les ruminants tirent la majeure partie de leurs protéines alimentaires des bactéries qui décomposent les végétaux ligneux dans une grande poche de fermentation (le rumen). Au cours de ce processus, certaines bactéries produisent un peu de vitamine B12, laquelle, après avoir été absorbée, satisfait les fonctions vitales de l’animal avant tout. C’est ainsi que la chair et le lait en contiennent de faibles quantités. Au contraire, la vitamine B12 des compléments alimentaires ne provient que des bactéries capables de produire la vitamine B12, sélectionnées parmi les plus productives et cultivées dans des conditions optimales sans qu’aucun intermédiaire n’engendre la moindre perte. Toute personne se souciant du sort des bactéries trouvera dans les alimentations végétales complémentées en vitamine B12 le moyen le plus efficace pour réduire le nombre de ses victimes dans l’ensemble des règnes, bactéries comprises.

    20. La seule indication du tonnage annuel que donnent les statistiques de l’Organisation des Nations unies pour la pêche en milieu sauvage complique le calcul du nombre de poissons tués et réduit sa fiabilité. L’estimation basse de 500 milliards ne concerne qu’un tiers des captures (les espèces dont le poids moyen est confirmé par plusieurs sources de données), tandis que l’estimation haute se contente de l’ordre de grandeur probable de tous les poissons pêchés pour la consommation. Les poissons impropres à la consommation, ceux qui s’échappent des filets (réputés mourir le plus souvent) ou le reste des dégâts qu’occasionnent les activités de pêche ne sont pas inclus.

    21. L’année 2014 a compté, en millions d’animaux :
    • 62 000 de poulets ;
    • 2 859 de canards ;
    • 1 474 de cochons ;
    • 1 068 de lapins ;
    • 663 d’oies et de pintades ;
    • 648 de dindes ;
    • 545 de moutons ;
    • 444 de chèvres ;
    • 300 de bovins ;
    • 4 de chevaux ;

    soit 70 milliards d’animaux terrestres tués chaque année (sans compter les chameaux, les ânes, les insectes, etc.).

    22. L’année 2014 a compté, en millions d’animaux :
    • 274 de vaches ;
    • 243 de brebis ;
    • 225 de chèvres ;
    • 62 de bufflonnes ;

    soit 804 millions de femelles produisant quelque 800 millions de tonnes de lait annuellement.

    23. L’année 2014 ne faiblit pas avec les quelque 7 milliards de poules pondeuses (auxquelles correspond la mort d’autant de poussins mâles dès les tout premiers jours d’existence, car les lignées sélectionnées pour la ponte ne sont pas rentables pour la chair).

    24. La production mondiale de soie en 2015 s’élève à 202 072,83 tonnes, tandis que le poids moyen d’un cocon frais varie de 1,5 à 2,5 g et que son rendement en soie brute est d’environ 10 % (les variétés les plus rares peuvent aller jusqu’à 20 %) :

    {(202 072,83 x 1 000 000)/10) x 100}/{(1,5 + 2,5)/2} = 1 000 milliards.

    25. La Société protectrice des animaux dit recueillir 10 000 chiens et chats abandonnés chaque été, au moment des départs en vacances, tandis que la fondation 30 Millions d’amis en compte 60 000 (et 100 000 par an).