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Pourquoi être végane, et pas végé ou flexi ?

    Du point de vue de la santé, ça ne change rien. Les études épidémiologiques comparatives dont nous disposons indiquent globalement une espérance de vie égale entre les véganes et les personnes dont l’alimentation est conventionnelle [1]. Pour que ces débuts de preuves reproductibles se transforment en consensus international, il est nécessaire que beaucoup de véganes participent aux études nutritionnelles telles que Nutrinet-santé.

    Les véganes tuent des plantes et des bactéries pour vivre, certes, mais n’ayant pas recours aux intermédiaires que sont les filières animales, leurs nutriments sont principalement issus des producteurs primaires, c’est-à-dire des organismes qui captent et stockent l’énergie solaire par photosynthèse. La découverte de l’origine bactérienne de la vitamine B12, seul nutriment dont les besoins nutritionnels ne peuvent être satisfaits par la consommation de végétaux, permet de court-circuiter les produits animaux depuis 1948. Là encore, les véganes s’approvisionnent directement à la source originelle, plutôt qu’au travers de victimes intermédiaires occasionnant des pertes considérables. Épargner les animaux permet donc de tuer moins d’organismes parmi l’ensemble des règnes.

    Personne ne propose vraiment de tuer plus, ni de participer intentionnellement aux souffrances infligées aux animaux, mais l’espèce humaine consomme des produits d’origine animale depuis toujours, et le degré de confiance dans la viabilité des alimentations végétales est encore trop faible pour que les habitudes changent rapidement. Si les images les plus horribles permettent de secouer temporairement les personnes qui acceptent de les regarder, l’écrasante majorité pense encore qu’il s’agit d’un mal nécessaire et détourne le regard. D’autres maintiennent une consommation sporadique de produits d’origine animale dans le vain espoir d’éviter les compléments alimentaires en vitamine B12.

    L’aversion pour toute complémentation est généralement associée à l’idée que la grande nature serait si bien faite qu’elle pourvoirait à tout. Le coefficient intellectuel des populations mondiales bénéficie pourtant encore des politiques d’enrichissement du sel en iode (lutte contre le crétinisme). La mortalité infantile continue pourtant d’être réduite grâce à l’administration de vitamine D (lutte contre le rachitisme), tout comme les malformations congénitales le sont par la prescription systématique de vitamine B9 aux femmes enceintes et par les programmes d’enrichissement des farines dans le monde en B9 (lutte contre le spina-bifida), tandis que l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé continue d’être amélioré par l’usage de préparations enrichies en nutriments auprès des personnes âgées (protection nutritionnelle en gériatrie).

    Il est difficile d’estimer l’instant exact à partir duquel les apports en vitamine B12 deviennent inférieurs aux pertes, car notre système d’absorption actif est plafonné par repas, ce qui amplifie les effets des réductions en quantité, en variété et surtout en fréquence de consommation des produits animaux. Par exemple, la consommation d’une grande tranche de foie de veau par semaine ne préserve absolument pas de la carence en B12. Les œufs contiennent de la vitamine B12, certes, mais ils contiennent également des éléments inhibiteurs de son absorption. Plusieurs mesures chez l’espèce humaine à la suite de l’ingestion d’œufs crus, brouillés ou frits l’ont confirmé. Une biodisponibilité de 9 % nécessiterait une consommation de 20 à 30 œufs par jour pour garantir les apports quotidiens.

    L’ancienneté des pratiques lacto-végétariennes hindoues donne la fausse impression que le végétarisme serait protecteur. En réalité, la carence en vitamine B12 est endémique en Inde, à tel point que les autorités sanitaires ont projeté d’enrichir le lait directement, avant de standardiser l’enrichissement du riz et des farines de blé. La consommation sporadique de quelques produits d’origine animale choisis tels que le lait et ses dérivés ne permet donc pas d’éviter la complémentation en vitamine B12 à coup sûr. Compte tenu de l’innocuité totale de ce nutriment, la stratégie d’évitement des compléments n’est pas rationnelle.

    Par ailleurs, les personnes qui acceptent de consommer des produits d’origine animale en famille, en société ou lors des repas d’affaires impactent directement des animaux, ceux dont le produit se trouve dans l’assiette, ainsi que l’ensemble des organismes ayant été consommés par la filière. Cela peut paraître faible au regard des exploitations animales mondiales [2], mais le peu de responsabilité que l’on accepte de porter directement compte tout aussi directement pour ces animaux. Si plus rien ne compte, il n’y a plus rien à sauver.

    Le repas est le seul moment de la journée où le véganisme a une chance de devenir visible. Qu’elle soit motivée par un souci de politesse ou par gêne, la consommation de n’importe quel produit animal participe au sacrifice rituel. L’accord se scelle en silence lorsque l’ensemble des convives a consommé un produit d’origine animale au moins. Personne ne peut alors sincèrement confirmer avoir observé la moindre manifestation sincère à l’encontre du massacre. Cacher ses valeurs les plus chères annule leur réalité. Les preuves de courage inspirent pourtant le respect et montrent l’exemple. L’Inquisition ne condamne plus à mort les personnes qui refusent de tuer un poulet [3]. Personne ne peut exiger de quiconque qu’un plus grand nombre de victimes soient faites.

    Enfin, l’évaluation de l’innocuité du véganisme pour notre espèce ne peut devenir consensuelle qu’en multipliant les preuves reproductibles. Nous disposons d’un bon début [1], mais il faudra davantage d’études nutritionnelles comparatives pour présenter le niveau de garanties exigé par les autorités sanitaires et impacter les politiques. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, il faut toutefois être végane pour que progressent les connaissances objectives sur le véganisme au cours d’une étude nutritionnelle. Ces publications paraissent en anglais. Il y a donc de quoi être motivé, car l’impact individuel de chaque végane qui participe à ces études est mondial.

    À première vue, les sandwichs au fromage récupérés avant destruction, ou le corps d’un sanglier accidenté retrouvé mort au bord d’une route, voire les œufs de poules sauvées de l’abattoir, paraissent n’avoir pas d’impact négatif direct sur ces animaux-là. Leur consommation annule cependant l’impact international le plus efficace et le plus rationnel auquel peut aspirer une personne souhaitant voir s’achever l’exploitation animale, puisqu’elle ne peut plus participer aux études nutritionnelles en tant que végane.

    Pour ne rien arranger, plusieurs personnes ont prétendu être véganes alors qu’elles consommaient du brie, des fromages de chèvre, des œufs, des poissons, des moules, des huîtres, du jambon cru ou du tartare de bœuf, jusqu’au sein d’organisations qui prétendent pourtant défendre l’éthique animale. Malgré leur envie probable de participer à l’effort collectif en faveur des animaux, ces menues impostures induisent des personnes sincères en erreur. Ne risquant pas d’être carencée en vitamine B12, une personne qui consomme des produits animaux tout en prêchant le végétalisme nie facilement la nécessaire complémentation, ou n’en parle pas. D’autres minimisent l’utilité d’aller jusqu’au véganisme, faute de comprendre comment il peut se développer, ou placent des poules de réforme en laissant croire à tort que leurs œufs fourniront une excellente source de vitamine B12. Il existe également des véganes qui transmettent des informations erronées avec les meilleures intentions du monde. Il ne s’agit pas de faire la chasse aux sorcières, mais de traiter un problème de santé publique. Pour des raisons éthiques et sanitaires, les seules recommandations nutritionnelles acceptables devraient être étayées par des preuves reproductibles, de préférence institutionnelles. Pour que ces preuves reproductibles se développent et que les recommandations gagnent en qualité, chaque végane compte dans les études nutritionnelles. Il appartient donc aux véganes de développer le véganisme.

    Des personnes mineures font parfois courageusement face à l’opposition familiale. Au contraire, les adultes peuvent facilement anticiper les repas, emmener un snack de secours dans une poche, un plat emballé de fabrication maison ou du commerce, voire ne choisir que ce qui est végane à table ou prendre la main en cuisine. Prévenir suffisamment à l’avance en transmettant des recettes simples promet généralement un bon accueil chez les proches, tandis qu’une belle surprise attend souvent les véganes qui demandent l’aide des chefs au restaurant, préférentiellement à l’avance, sans oublier de remercier généreusement tout aménagement, afin qu’un prochain accueil soit encore meilleur. De nombreux établissements véganes se développent à Paris et en province. L’offre se multiplie, ainsi que celle des produits de substitution. Pour les accros des œufs ou du fromage, reportez-vous aux illustrations (passez la souris dessus).

    Refuser de consommer des produits d’origine animale en public montre l’exemple et participer aux grandes études nutritionnelles change le monde. En épargnant les animaux, les véganes réduisent également le nombre de leurs victimes parmi l’ensemble des règnes. Pourquoi tuer plus ?

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    NOTES

    1. Les études comparatives successives indiquent globalement une égalité de l’espérance de vie en bonne santé entre les véganes et les personnes dont l’alimentation est conventionnelle, qu’il s’agisse de la méta-analyse de 1999, de celle des adventistes en 2013 (présentant une mortalité des hommes inférieure de 15 %) ou de l’étude EPIC d’Oxford de 2016.

    2. L’année 2014 a compté, en millions d’animaux :
    • 62 000 de poulets ;
    • 2 859 de canards ;
    • 1 474 de cochons ;
    • 1 068 de lapins ;
    • 663 d’oies et de pintades ;
    • 648 de dindes ;
    • 545 de moutons ;
    • 444 de chèvres ;
    • 300 de bovins ;
    • 4 de chevaux ;
    soit 70 milliards d’animaux terrestres tués chaque année (sans compter les chameaux, les ânes, les insectes, etc.), ainsi que :
    • 274 de vaches ;
    • 243 de brebis ;
    • 225 de chèvres ;
    • 62 de bufflonnes ;
    soit 804 millions de femelles produisant quelque 800 millions de tonnes de lait annuellement, ainsi que 7 milliards de poules pondeuses (auxquelles correspond la mort d’autant de poussins mâles dès les tout premiers jours d’existence, car les lignées sélectionnées pour la ponte ne sont pas rentables pour la chair). La seule indication du tonnage annuel que donnent les statistiques de l’Organisation des Nations unies pour la pêche en milieu sauvage complique le calcul du nombre de poissons tués et réduit sa fiabilité. L’estimation basse de 500 milliards ne concerne qu’un tiers des captures (les espèces dont le poids moyen est confirmé par plusieurs sources de données), tandis que l’estimation haute de 1000 milliards se contente de l’ordre de grandeur probable de tous les poissons pêchés pour la consommation. Les poissons impropres à la consommation, ceux qui s’échappent des filets (réputés mourir le plus souvent) ou le reste des dégâts qu’occasionnent les activités de pêche ne sont pas inclus.

    3. Les condamnations à mort de Goslar (Allemagne) au XIe siècle ont été remarquées par Gilles d’Orval (« Gesta episcoporum Leodiensium », dans Monumenta Germaniae historica, éd. J. Heller, vol. 25, 1880), notamment par l’absence d’autre motif d’hérésie que de refuser de tuer un poulet.