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Grossesse et maternité végane de Séverine

    C’est en décembre 2008 que je suis devenue végane, en lisant le très célèbre ouvrage intitulé Skinny Bitch [1]. J’étais déjà végétarienne depuis un an, et apprendre les méfaits liés à la consommation du lait et des oeufs m’a incitée à devenir végane immédiatement.

    L’année suivante, le 25 décembre 2009, j’ai appris que j’étais enceinte. Joyeux Noël ! Je n’ai jamais douté que le régime végane me convenait parfaitement. Je pense avoir de bonnes connaissances sur l’équilibre alimentaire et sur les sources végétales de protéines, lipides, glucides et vitamines. Cependant, je ne voulais pas prendre le moindre risque pour l’enfant que je portais et me suis donc intéressée aux besoins nutritionnels spécifiques de la femme enceinte. J’ai commencé par consulter de nombreux sites créés par des parents véganes [2], tous en anglais car le véganisme est bien plus répandu aux USA qu’en France. J’ai par ailleurs rencontré beaucoup de parents véganes au festival végétarien annuel de notre ville. J’ai vu leurs enfants, tous en excellente santé. J’ai également croisé des gens qui n’avaient jamais mangé de viande ni bu un verre de lait de leur vie ! J’étais très heureuse de pouvoir partager mes angoisses et mes envies avec des personnes qui avaient déjà vécu ces moments, qui avaient affronté le regard parfois réprobateur des omnivores. Puis j’ai acheté Pregnancy, Children, and the Vegan Diet [3], un livre écrit par un nutritionniste américain et consacré à l’alimentation des bébés véganes. Ces rencontres et lectures m’ont donc convaincue que mon choix de vie n’était pas dangereux pour ma fille et que je pouvais envisager ma grossesse végane sereinement, en apportant quelques améliorations à mon régime alimentaire.

    Tout d’abord, j’ai augmenté ma consommation de tofu, d’épinards et de lentilles pour accroître mes apports en protéines et en fer, primordiaux chez la femme enceinte. J’ai aussi mangé beaucoup d’amandes et de noix, riches en protéines, calcium et gras. De plus, les noix sont très bonnes pour le développement du cerveau du bébé. Afin de rendre les amandes plus digestes, je les faisais tremper la nuit pour enlever la peau le lendemain. J’ai également varié au maximum les fruits et légumes frais afin de n’avoir aucune carence en vitamines. Un jour, j’ai remarqué que j’avais mangé plus de 7 variétés différentes de fruits dans la journée, sans compter les légumes, céréales et autres aliments. Au petit déjeuner, je buvais quasiment tous les jours un grand verre de jus de fruits ou de légumes frais que j’avais pressés moi-même. Tout au long de ma grossesse, j’ai particulièrement aimé les smoothies de fruits avec du lait de soja et les délicieux jus verts faits maison. Apports assurés en vitamines et minéraux ! Enfin, je buvais beaucoup d’eau, en moyenne 2,5 l par jour. Pendant l’été, je buvais même jusqu’à 4 l les jours de grande chaleur ! La grossesse n’a donc pas modifié radicalement mes habitudes. J’ai fait attention à mes envies et à mon corps pour fournir à ma fille tout ce dont elle avait besoin pour grandir. J’avais déjà de bons réflexes, il me suffisait juste d’être un peu plus attentive. Finalement, comme le font la plupart des mères omnivores, j’ai pris des suppléments multivitaminés sur les conseils de ma gynécologue, ainsi qu’un complément en DhA végane. Avec ces vitamines et une alimentation riche et variée, je mettais donc toutes les chances de mon côté pour que ma fille grandisse normalement jusqu’à la naissance.

    D’un point de vue pratique, j’ai ressenti beaucoup de fatigue jusqu’à deux mois environ, le temps que le corps se mette en route. Puis ma grossesse s’est déroulée très agréablement. En effet, je n’ai eu aucun des symptômes douloureux souvent associés à la grossesse : hémorroïdes, mal de dos, constipation, jambes lourdes, nausées, vergetures, etc. Je ne sais pas si cette absence de manifestations est liée à mon régime alimentaire, mais cela ne me surprendrait pas. Il y a cependant un cliché de la grossesse auquel je n’ai pas échappé, c’est celui des envies subites ! Les premières semaines, il me fallait des fraises tous les jours. Puis, les mois suivants, des pamplemousses au petit déjeuner et des salades de tomates et lentilles au déjeuner. Je n’ai jamais ressenti aucun désir envers des produits d’origine animale ou de la malbouffe, à l’exception des frites, de temps en temps. Je ne luttais pas contre ces envies et laissais mon corps dicter ce qu’il souhaitait. Par conséquent, je n’ai pas pris beaucoup de poids car ce n’étaient généralement pas des aliments gras ni difficiles à digérer.

    Ma grossesse s’est donc déroulée paisiblement et mes rendez-vous avec les médecins m’ont confirmé que ma fille se portait bien. J’ai effectué tous les tests, qui n’ont jamais rien décelé d’anormal. Le bébé prenait du poids régulièrement et grandissait normalement. Mes analyses et mon suivi avec la sage femme se passaient merveilleusement bien. Celle-ci ne m’a rien dit quant à mon choix alimentaire. Mon mari et moi avons aussi opté pour l’haptonomie [4] et, quelle coïncidence, la personne est végétarienne ! L’accouchement s’est très bien passé, même si ma fille se présentait en siège. Après une longue réflexion, j’ai quand même décidé de la mettre au monde naturellement. Je m’y étais préparée grâce à des cours de yoga et de relaxation. J’ai été très bien entourée et accompagnée. Léonore est née le 5 septembre 2010, pesant 3,325 kg pour 54 cm. Je suis sortie le lendemain de la maternité avec une merveilleuse petite fille qui n’a jamais goûté à un seul produit d’origine animale de sa vie. J’ai choisi de l’allaiter et elle prend environ 200 g par semaine, le poids conseillé par les pédiatres. Elle ne fait aucune intolérance et boit mon lait avec appétit. Deux mois après l’accouchement, je n’ai aucune séquelle physique. J’ai lu que les végétaliens ont tendance à avoir les muscles plus souples que les omnivores car ils ont plus d’apports en légumes et fruits, et donc plus de vitamines pour aider au bon renouvellement des cellules.

    J’ai choisi de m’entourer de personnes compétentes et d’associations comme Solidarilait [5] et La Leche League [6], qui m’accompagnent dans mes choix. Il n’y a, selon moi, rien de meilleur que le lait de la mère pour son nourrisson. Je ressens un lien charnel, animal, entre Léonore et moi et j’aime ce sentiment plus que tout. Je souhaite donc allaiter encore quelques mois, passer ensuite au lait de soja, d’amande ou de noix et introduire des fruits et légumes vers 6 mois. J’ai hâte de faire découvrir à ma fille les joies du véganisme et le goût de ce que nous mangeons !

    J’ai gardé après l’accouchement la même alimentation que pendant ma grossesse car elle semble convenir parfaitement à Léonore. J’ai cependant arrêté les suppléments en vitamines et je ne prends maintenant que de la B12 puisqu’elle est réputée plus délicate à obtenir dans une alimentation végane.

    Pour conclure, je suis persuadée que le fait d’être végane a considérablement atténué les effets désagréables de la grossesse. Je suis très heureuse que ma fille n’ait jamais ingéré d’aliments issus de la souffrance animale et que nous puissions lui apprendre la compassion, l’amour de tous les êtres. Je suis consciente que cela ne va pas être facile car le véganisme est encore très peu connu en France. C’est pour cela qu’une association comme la Société végane me semble indispensable. J’espère qu’elle permettra de faire connaître le véganisme dans les écoles, auprès des médecins et des nutritionnistes, afin que les mentalités évoluent. En attendant, je vis au jour le jour et profite de ce petit être qui me donne tant de bonheur !

    Séverine Charles Turquois

    Novembre 2010

    Notes :
    1. FREEDMAN (R.), BARNOUIN (K.), Skinny Bitch, Running Press Book Publishers, 2005. Voir également : skinnybitch.net.
    2. Par exemple : thegardendiet.com/kidsblog.
    3. KLAPER (M.) (médecin), Pregnancy, Children, and the Vegan Diet, Gentle World, 1987.
    4. «Méthode de communication avec le foetus par le toucher, à travers la paroi du ventre de la mère » (Le Petit Robert).
    5. Solidarilait, association de soutien à l’allaitement maternel : solidarilait.org.
    6. La Leche League, allaitement et maternage : lllfrance.org.